DIS (ney) TOPIA. Regard critique sur la place de la Toscane à Serris (Marne-la-Vallée, hiver 2016)
avec Théophile Chatelais et Mark Matyassy

“Je ne veux pas de vos HLM pourris face au château de la Belle au Bois Dormant!” Michael Dammann Eisner, patron de la Walt Disney Company 1987

Le projet de la place de Toscane est profondément lié au développement urbain de Serris, et plus largement au contexte de villes nouvelles d’après guerre. En effet, ce qui apparaît de prime abord comme une simple opération d’espace public, mais dont la portée s’inscrit en réalité dans un cadre idéologique et historique plus large.
(...) À rebours des ambitions modernistes qui avaient présidé l’invention de la plupart des villes nouvelles de première génération, ses concepteurs et gestionnaires proclament leur volonté d’aboutir à un mariage harmonieux entre l’habitat et les structures des bourgs préexistants, au sein d’un tissu urbain créé de toutes pièces et en un temps record.
(...) À une trentaine de kilomètres à l’Est de la ville de Paris, au Sud de la Marne, on retrouve ainsi le Secteur IV de Marne-la-Vallée - renommé pour l’occasion Val d’Europe -, maison de Disney et de la Place de Toscane, une nouvelle place à usage mixte de style traditionnel. Fondée en 1987, la ville est basée sur un plan d’urbanisme proposé par l’atelier Robertson & Partners de New York City à la demande de la firme Disney, empreint des idées du new urbanism. Construit dans un tissu traditionnel de boulevards et de rues, de grandes et petites places, ce développement à usage mixte présente une architecture typiquement française, avec des maisons et des communautés construites autour d’espaces publics. Cette trame héritée du modèle de la ville classique -l’âge I décrit par Christian de Portzamparc-, fournit l’indispensable squelette de la ville et assure le caractère des quartiers et des rues. On y retrouve de nombreuses activités : quartiers résidentiels mais aussi installations commerciales, culturelles et institutionnelles, un parking, une station de RER, une gare routière et un immense Centre Commercial International (CCI) de 125 000 m2. (...)

^ L'expérience de la Place
^ Plan Nolli de Rome vs "plan Nolli" de Serris
^ Transecte
^ De la Piazza dell’Anfiteatro jusqu’à la Piazza San-Michele à travers la via Fillungo VS de la Place de la Toscane jusqu’à la place
d’Arianne à travers le centre commercial
^ Série I : Limites entre bâtiments, gouttières et descentes.

Le partage de descentes entre bâtiments et le matériel de révêtement de façade continu
(seulement la couleur diffère), montrent qu’il ne s’agit non pas ici de bâtiments différents, mais d’un seul, avec multitude de façades.

^ Série II : Fenêtres
^ Série III : Rez-de-chaussée
^ Piazza dell’Anfiteatro à Lucca VS place de la Toscane à Serris


Ainsi, bien que l’architecte en réfute le terme, la Place de Toscane apparaît effectivement comme un véritable décor urbain. Il est intéressant de mettre en relation ce terme cinématographique avec le concept d’imagineering développé par Walt Disney. Ce dernier désigne l’ingénierie de l’imaginaire subordonnant tout programme architectural à un récit. Dans les parcs Disney, le plus petit détail se trouve justifié par l’élaboration d’une fiction englobante envisagée sous la forme du mythe. Chaque bâtiment, chaque construction, sensé retenir l’attention du spectateur, participe à ce récit. Aujourd’hui suivant ce modèle, de nombreux complexes sont créés et conçus dans leurs moindres détails par des promoteurs, assistés de scénaristes et «d’imagineurs». Les architectes ne sont le plus souvent que les exécutants de ce programme. Une démarche en somme toute relativement proche du système de production hollywoodien : un producteur -le promoteur- tout puissant et des réalisateurs -les architectes- au service d’un scénario très précis. Ces complexes servent de simple décor à des fictions : être à Paris en Egypte ou à Venise. (...)